Histoire peu banale que celle de Julien Jacob, né sur le continent africain de parents antillais et grandi dans le sud de la France, avant de poser ses valises en Bretagne. Musique peu commune aussi que celle de ce musicien qui, dans un sobre minimalisme, arrive à distiller une palette d’émotions universelles servies le plus souvent par une langue qui n’appartient qu’à lui. Cette langue sensible, cette langue intérieure, Julien Jacob la conjugue au plus que parfait sur ce Sel qu’il a lui même raffiné afin d’approcher au mieux l’état de pureté minérale. Dépourvus de sens directs et d’étymologie (« de traçabilité » dirait-on aujourd’hui), les mots de Julien Jacob prennent d’autant plus de force qu’ils sont débarrassés des images qu’on leur colle habituellement, ouvrant ainsi l'imaginaire sonore. Limpides et dépouillées comme le son de sa guitare acoustique, ces mélodies ne sont accompagnées que par quelques rythmes percussifs frappés, frottés, fouettés sur d’insolites instruments (pot de fleur en métal, panneau d’isolation phonique, balai en paille…) ou par le cliquetis des karkabous, qui vient dans la deuxième moitié d’ Halala accompagner le pas du chanteur. Kelly, dédiée à sa mère et chantée en partie en français, cherche à dépasser l’absence de cette femme « dont il n’a pas de souvenir » précise la bio, comme pour prouver qu’aucune douleur n’est insurmontable. D’ailleurs, Mère, un des titres suivants, résonne comme une berceuse inversée, comme si désormais, c’était le fils qui cherchait à rassurer la maman partie trop tôt. En recherche de paix et d’équilibre, ce musicien soigne depuis sa Bretagne d’adoption ses propres maux, et un peu les nôtres par la même occasion. Vivez salé !